Qu'est-ce que les animaux disparus, l'intelligence artificielle, les superproductions hollywoodiennes et la biodiversité ont en commun ?
Au Cannes Lions 2025, la réponse semblait être imagination.
La session a réuni Peter Jackson, cinéaste oscarisé, et Ben Lamm, PDG de Colossal Biosciences, l'entreprise à l'origine des efforts ambitieux visant à ressusciter des espèces éteintes, notamment le mammouth laineux et le thylacine.
Bien que la discussion ait abordé la génétique, la conservation et la technologie, elle s'est finalement transformée en une conversation sur quelque chose de beaucoup plus universel : l'importance de poursuivre des idées que d'autres rejettent initialement comme impossibles.
Le pouvoir d'ignorer le “non”
Pour Peter Jackson, ce thème a défini une grande partie de sa carrière.
Avec le recul, il se rappela qu'on lui avait dit qu'il était irréaliste de tourner les trois films du Seigneur des Anneaux simultanément.
Pourtant, il l'a fait quand même.
La même détermination a motivé son investissement dans les effets visuels numériques des décennies auparavant.
Alors qu'il travaillait sur *Créatures célestes* au début des années 1990, Jackson s'est fasciné par les technologies informatiques émergentes. Inspiré par ce qu'il avait vu dans *Jurassic Park*, il a réalisé que les effets numériques transformeraient le cinéma.
Plutôt que d'attendre que l'avenir arrive, il décida de contribuer à le construire.
Cette décision a finalement conduit à la création de Weta Digital, qui allait devenir l'un des studios d'effets visuels les plus réputés au monde.
“ J'adore la technologie et la façon dont elle peut donner vie à vos rêves ”, a expliqué Jackson.
Réinventer l'histoire
L'un des exemples les plus remarquables de Jackson concerne son documentaire acclamé par la critique, *They Shall Not Grow Old*.
En s'appuyant sur plus de 200 heures d'images d'archives de la Première Guerre mondiale, il s'est lancé dans une entreprise que beaucoup jugeaient impossible : donner un aspect contemporain à des images vieilles d'un siècle.
Le défi était immense.
Ces images en noir et blanc, au rendu granuleux, devaient être restaurées, colorisées et dotées d'une conception sonore moderne. Au départ, Jackson a admis qu'il n'avait pas vraiment d'idée précise sur la manière dont cela allait être réalisé.
Mais cette incertitude ne l'a pas arrêté.
C'est le but qui est arrivé en premier.
La technologie a suivi.
Pour Jackson, l'innovation commence souvent par se demander ce que l'on veut accomplir plutôt que de se concentrer sur ce qui existe actuellement.
Faire découvrir la science sur les réseaux sociaux
Ben Lamm est confronté à des défis similaires dans un domaine très différent.
En tant que dirigeant de Colossal Biosciences, il contribue à faire avancer la recherche sur la dé-extinction et la préservation des espèces, un travail qui suscite naturellement à la fois fascination et scepticisme.
L'une des principales leçons tirées par l'entreprise est que les avancées scientifiques ne suffisent pas à elles seules.
Les gens doivent se sentir concernés.
C'est pourquoi Colossal utilise de plus en plus les réseaux sociaux, notamment Instagram et TikTok, pour toucher un public plus jeune.
Certains détracteurs ont fait valoir que la science avait sa place dans les revues scientifiques plutôt que sur les réseaux sociaux.
Lamm n'était pas d'accord.
Les jeunes préoccupés par le changement climatique et la perte de biodiversité ne lisent pas forcément des articles scientifiques. Ils s'informent via des plateformes numériques.
Pour susciter leur intérêt, la science doit aller à leur rencontre là où ils se trouvent déjà.
Rendre la conservation pertinente
Le projet du tigre de Tasmanie est devenu un exemple de cette approche.
Plutôt que de se concentrer exclusivement sur des explications scientifiques complexes, Colossal a cherché à raconter des histoires susceptibles d'éveiller la curiosité et de susciter une connexion émotionnelle.
L'entreprise a également noué des partenariats avec des universités, des chercheurs et des marques afin de sensibiliser un public plus large aux enjeux liés à la préservation de l'environnement.
M. Lamm a fait valoir que la perte de biodiversité est l'un des défis majeurs de notre époque, mais que de nombreuses personnes restent étrangères à cette problématique.
Racontez des histoires peut aider à combler ce fossé.
Que ce soit à travers un mammouth laineux, un loup effrayant ou un tigre de Tasmanie, le but n'est pas simplement de faire les gros titres, mais d'inspirer un plus grand intérêt pour la protection des espèces qui existent encore aujourd'hui.
La technologie, un outil créatif
Bien qu'ils soient issus de milieux très différents, Jackson et Lamm sont parvenus à plusieurs reprises à la même conclusion.
La technologie n'est pas une fin en soi.
C'est un outil.
Pour Jackson, la technologie permet aux cinéastes de raconter des histoires d'une manière inédite.
Pour Lamm, cela aide les scientifiques à résoudre des problèmes qui semblaient autrefois insolubles.
Aucun des deux ne considère que l'innovation se substitue à la créativité humaine.
Plutôt, la technologie élargit ce que les gens sont capables d'imaginer.
Voir plus grand
L'un des aspects les plus marquants de cette session était son optimisme.
À une époque où les conversations sur la technologie se concentrent souvent sur les risques et les bouleversements, les deux intervenants ont plaidé pour une perspective plus ambitieuse.
L'avenir appartient aux personnes prêtes à tenter des choses difficiles.
Que ce soit pour créer des films révolutionnaires ou pour faire progresser la science génétique, le progrès commence souvent par une idée qui semble impossible.
Alors que les délégués de Cannes Lions quittaient le théâtre, ils avaient entendu des histoires sur des animaux disparus, des effets numériques et des découvertes scientifiques.
Mais le véritable sujet de la conversation était beaucoup plus simple.
Le pouvoir de l'imagination.
Et que peut-il arriver quand quelqu'un refuse d'admettre que quelque chose ne peut pas être fait.
